Ma coach est-elle un gourou ?
- Coralie Cadot
- 6 févr.
- 11 min de lecture
Petite analyse d’une coach sur le film “Gourou” et les dérives dans le monde du développement personnel et du coaching.

Moi c’est Coralie, je suis coach certifiée et facilitatrice. C’est en tant que telle que je te donne mon avis sur le film Gourou. Je vais aussi en profiter pour te donner des petits tips pour repérer les green flags et les red flags chez les coachs afin de t’aider à te faire accompagner en toute sécurité.
Je te rappelle le synopsis du film : “Mathieu Vasseur, surnommé Matt, est le coach en développement personnel le plus suivi de France. À l'heure où les gens ne croient plus à la politique et se détournent de la religion, il propose à ses adeptes une catharsis bien rodée, qui électrise les foules autant qu'elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s'engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et de la gloire.” (Allo Ciné).
A vrai dire, je ne suis pas très films français (oups) et je n’ai jamais compris la hype Pierre Niney donc ce n’est pas le genre de film que j’aurais été voir de base. Mais il se trouve qu’il parle de mon métier, que sa sortie a créé une petite montée d’angoisse dans la profession et que j’ai même été interviewé sur le sujet par des étudiants en école de journalisme qui devaient faire un article sur un sujet d’actualité. Du coup, j’y suis allée en ne m’attendant pas à grand-chose et j’ai finalement plutôt bien aimé. Mais comme je suis coach et pas critique ciné, je vais te donner mon avis sur le fond de ce film. C'est-à-dire les risques et les dérives dans le monde du développement personnel et notamment du coaching.
Mais avant de commencer, je voulais aborder deux petites choses. La première c’est que, j’ai vu des personnes critiquer le film en disant qu'il montre un cas extrême et le genre de coach qu’on trouve plutôt aux Etats-Unis. Donc, que ça ne serait pas représentatif de la France. Là où je suis d’accord, c’est que ce n’est pas le modèle le plus présent chez nous et qu’il n’y a vraiment pas besoin que ce soit aussi extrême qu’avec un Coach Matt pour que ça ait un impact très négatif sur la vie des personnes accompagnées. Mais d’une part ça existe en France, ça existe avec les réseaux sociaux et on le retrouve également beaucoup dans le marketing de réseaux. Et malgré les différences, on y voit beaucoup de mécanismes qu’on va retrouver dans le développement personnel en France. C’est pourquoi, je le trouve intéressant à analyser. La deuxième, c’est que je vais spoiler le film. Donc si tu as envie de le voir avant et de ne pas te faire spoiler, je te conseille d’enregistrer cet article et d’y revenir plus tard !
1/ Le questionnement sur le besoin de cadre et d’éthique dans la profession pour éviter les gourous.
Pendant toute la première partie du film, le personnage de Coach Matt est attachant, on voit qu’il a vraiment de bonnes intentions, qu’il utilise ses méthodes sur lui-même tous les jours, qu’il veut vraiment aider et il le répète beaucoup. J’ai trouvé que c’était le gros point fort du film car la majorité des coachs et acteurs du secteur du développement personnel que j’ai rencontrés, qu’ils soient formés ou non, étaient des personnes gentilles et vraiment pleines de bonnes intentions. C’est donc certainement ceux que tu es le plus susceptible de rencontrer également et le problème c’est qu’ils t’auront l’air sincère car ils le sont réellement.

Les bonnes intentions et les qualités relationnelles comme garanties..
Mais la réalité c’est que ça ne suffit pas, on peut faire du mal même avec les meilleures intentions du monde. Coach Matt dit à plusieurs reprises dans le film que “l’accompagnement c’est surtout avoir un relationnel, et je ne crois pas que ça s’apprenne”. C’est un discours qu’on retrouve partout dans le monde du développement personnel, moi-même j’explique sur mon site que j’ai des qualités relationnelles, de l’empathie, qu’on se confie facilement à moi depuis toujours. Pourtant ça ne suffit pas et c’est d’ailleurs complètement remis en question dans le film par la député qui l'interroge lors de la commission visant à réglementer la profession (et il est d’ailleurs largement prouvé aujourd’hui que l’empathie s’apprend). Mais ce qui est surtout important d’apprendre en tant que coach, c’est d’abord en quoi consiste vraiment notre métier ce qui nous permet donc de savoir qui nous pouvons accompagner et pour quels objectifs. Ainsi que notre posture, qui est indispensable pour le bien-être et la sécurité de tous. Mais j’y reviendrai.
La légitimité par le vécu.
Lorsque Coach Matt comprend que la commission n’est pas de son côté et que les réseaux sociaux et médias commencent à le montrer du doigt. Il décide de donner une interview (chez Hanouna, on s’en serait passé) et de jouer la carte du “j’ai vécu ça moi aussi donc je suis légitime pour accompagner les gens”. Il raconte une histoire de violence dans l’enfance qui en plus s'avère être inventée de toute pièce (super également de montrer cet exemple quand on sait à quel point les victimes de violences, notamment les femmes et les enfants sont peu crus). Mais même si c’était vrai finalement, c’est un argument hyper fallacieux que de dire que puisqu’il a vécu quelque chose et qu’il s’en est relevé, il est légitime d'aider les autres à faire la même chose. Parce qu'encore une fois, avoir vécu une situation ne donne ni la méthode, ni la posture adéquate pour accompagner qui que ce soit à faire de même, que chaque vécu est différent, chaque individu l’est également et que le parcours sera donc différent pour chacun. Et là où le partage d’expérience aurait pu être extrêmement positif et permettre aux gens de s’identifier, de déculpabiliser, etc…( ce que j’adore avec les cercles de paroles et que je fais également avec mes expériences personnelles), on arrive au discours inverse et culpabilisant du “si je l’ai fait, tout le monde peut le faire”.
La critique de l’élitisme.
Le dernier argument que Coach Matt utilise beaucoup est celui de la critique de l’élitisme, du “mec qui n’a même pas le BAC et qui en est pourtant là aujourd’hui” autant pour montrer que “si on veut, on peut” ce qui est nier la réalité de la société dans laquelle on vit, mais on en reparlera. Mais qu’il oppose sans cesse à l’obstination de la député à vouloir créer un diplôme obligatoire pour exercer la profession de coach. Diplôme qui demande d’avoir le BAC et de reprendre 2 ans d’études, ce qui ne le rend pas du tout accessible à tous. C’est ce qui le terrifie le plus car le diplôme ne lui serait pas non plus accessible, ou en tout cas difficilement et que ce serait repartir à zéro après toutes les difficultés qu’il a déjà rencontré, son image de looser de la famille en étant sans diplôme qui le rattrape et il se dit que “l’état veut nous mettre au chômage”. Ce serait mentir que de dire que cette peur n’existe pas chez nous (en tout cas chez moi ainsi que les coachs et professionnels de l’accompagnement qui m’entourent), alors je vais vous dire ce que j’en pense.
2/ Faut-il réglementer la profession de coach ?
Mon avis c’est que le flou réglementaire autour du métier de coach nous nuit également à nous les coachs. Bien qu'évidemment les premières victimes soient les personnes “mal” accompagnées.

Comment réglementer notre métier ?
Pourtant des organismes qui tentent de réglementer notre métier, il y en a et ils travaillent même ensemble. Il s’agit d’ICF, la Fédération Internationale de Coaching et de EMCC, le Conseil International du Coaching, du Mentorat et de la Supervision. Ils proposent un référentiel de compétences, un code de déontologie (et d’éthique) ainsi que de la supervision. Les écoles qui leurs sont affiliées (comme la mienne) se basent là-dessus pour former leurs élèves et délivrer leurs certifications. Et les coachs certifiés ont ensuite la possibilité d'adhérer à ses organismes et même de passer des échelons pour légitimer leur expérience (bien que ce soit à nouveau un système élitiste car très coûteux). Alors, oui je suis pour une réglementation qui soit juste et non élitiste, pour le bien des coachés comme des coachs.
En quoi Coach Matt n’est pas un coach, alors ?
Je le disais plus haut, ce film nous montre le vrai problème, l’ignorance sur ce qu’est réellement le coaching et la posture d’un coach en développement personnel (et professionnel). Et évidemment, le fait que sans formation, n’importe qui puisse s’auto-proclamer coach. On le voit dans le film, Coach Matt est un showman et il se place comme le sauveur pour aider les autres à se sortir de problématiques qui ne relèvent pas du tout d’un coaching (traumatismes lourds, dépression, burn out) avec sa phrase d’accroche “je sais pourquoi tu es là”. Et alors qu’au début ça reste plutôt léger, il redonne de l’espoir, montre l’exemple et semble redonner du pouvoir aux gens, ça monte crescendo jusqu’au moment ou il pousse un homme à prendre une décision très importante en lui criant des propos extrêmements violents devant des centaines de personnes “prends ton téléphone et démissionne”, “c’est ça le père que tu veux être pour tes enfants?”, “ vas-y, pousse moi”. Et ça c’est ni du coaching, ni la posture que doit avoir un coach.
C’est quoi le rôle du coach en fait ?
Le coaching, c’est une méthode basée sur le questionnement qui vise à accompagner la personne à trouver, à ses problématiques, des solutions qui lui conviennent par elle-même. Grâce à des prises de conscience, l’élaboration d’objectifs et la mise en place de plans d’actions. La posture du coach doit être basse, nous ne sommes pas des sachants, nous ne disons jamais à nos coachés ce qu’ils doivent faire, nous ne posons pas de diagnostiques, ne traitons pas de pathologies et nous devons cultiver l’autonomie et le libre arbitre des personnes que nous accompagnons. On est donc à l’opposé de Coach Matt qui se place dans une posture haute, supérieure, en sachant (presque avec des pouvoirs) et manipulateur au point de faire croire à son public qu’il connaît les prénoms et histoires de tout le monde dans la salle alors que son équipe lui souffle tout à l’oreillette. Mais alors, en quoi c’est dangereux tout ça et comment faire la différence en attendant une réglementation officielle et transparente ?
3/ Les risques pour vous et comment trouver un “bon” coach ?
Là où ça devient risqué pour toi, c’est quand l’emprise se crée petit à petit et encore plus si tu es dans une position de vulnérabilité (dépression, solitude, deuil, manque de confiance et d’estime) car bien ou mal intentionnées, des personnes non formées peuvent aggraver ton mal être.

L’exemple extrême de Julien.
Julien, dans le film, c’est l’exemple parfait bien qu’extrême des risques possibles. Il participe à un premier séminaire avec Coach Matt alors qu’il va mal, il est vulnérable et pas du tout sûr de lui. Et Matt va tout simplement lui vendre du rêve comme il le fait avec tout le monde, lui dire qu’il n’a qu’à se bouger pour que sa vie change (hyper responsabilisation et culpabilisation) et que tout est possible pour lui aussi (déconnexion de la réalité).
Le premier effet de tout ça est positif, comme très souvent. Julien reprend espoir, il se remet en mouvement mais il commence également à idolatrer Matt. Petit à petit, le manque de méthode, de réel accompagnement et de cadre vont amener Julien à ne pas comprendre pourquoi les choses n’avancent pas pour lui alors qu’il a le sentiment de faire ce qu’il faut (baisse d’estime de soi). Il pense que Matt est son ami, il passe le voir sans cesse au bureau et s’imagine même travailler avec lui puisqu’il pense que tout est possible. On passe rapidement d’une relation “d’aide” à une forte dépendance, sans aucune limite et aucun cadre. Il dépense d’ailleurs beaucoup d’argent pour participer à tous les stages de Matt.
Julien prend même sa défense face à la commission mais évidemment son témoignage renforce l’idée que la pratique de Matt pose problème, ce qui les mène à une dispute. Julien rejette alors complètement Coach Matt, il le harcèle et le menace anonymement sur les réseaux et finit par mettre fin à ses jours après une dernière discussion où il explique qu’il s’est senti abandonné, trahi, qu’il a compris qu’il s’était fait avoir et que sa vie n’était que souffrance.
Alors ok, c’est un cas extrême, mais sans aller aussi loin ces méthodes culpabilisantes et déconnectées de la réalité peuvent avoir un réel impact négatif sur ton estime de toi. Te faire prendre des décisions qui auront un impact très grave sur ta vie, te mettre dans une situation financière critique et si en plus de ça tu es dans un moment de vulnérabilité ou bien que tu souffres d’une pathologie comme la dépression, tu peux couler très profondément et avoir beaucoup de mal à t’en sortir.
Comment choisir un “bon” coach ?
Alors évidemment, je ne vais pas te laisser seule avec toutes ces peurs et ces “il faudrait réglementer mais en attendant advienne qui pourra”. Voici quelques points pour t’aider à faire la différence entre les “bons” coachs (posture et méthode) et les autres.
1/ Formation et éthique.
Red flag : un coach auto-proclamé qui te dit qu’il a ça en lui et qu’il n’a donc pas eu besoin de se former / ET-OU / qu’il est expert de ta problématique parce qu’il l’a vécu et surmonté (et qu’il n’a toujours pas eu besoin de se former).
Green flag : un coach certifié par une formation issue d’une école partenaire d’ICF ou EMCC et avec une éthique transparente.
2/ Les solutions miraculeuses.
Red flag : un coach qui te promet des solutions magiques, te dit qu’il a mis au point la méthode qui révolutionne tout, qu’il peut te “guérir” de n’importe quel problème/souffrance, voir qui utilise des outils “douteux” (non validées scientifiquement).
Green flag : un coach qui t’explique que le coaching c’est un partenariat, qu’il va grâce à son questionnement te permettre de trouver tes réponses et tes solutions, et que tout sera fait en prenant en compte qui tu es mais aussi la réalité de ta situation et du monde dans lequel nous vivons.
Vigilance : certains te diront.”avec moi il n’y aura pas de solution magique, pas de bulshit, etc…” (moi je le dis par exemple) mais rappelle-toi que les actes comptent plus que les mots.
3/ Le business à tout prix.
Red flag : un coach qui te vend des séances ou un accompagnement sans t’avoir rencontré avant ainsi que des accompagnement long voir très longs (au delà de 6 mois / 1 an).
Green flag : un coach qui va prendre le temps d’écouter ta situation avant de démarrer un quelconque accompagnement et de te préciser quand certaines choses sortent du cadre du coaching, voir de te diriger vers une autre profession si ce n’est pas d’un coaching dont tu as besoin.
4/ Culpabilisation et dépendance.
Red flag : un coach qui utilise un vocabulaire très culpabilisant - ultra responsabilisant “si on veut on peut”, “tu dois devenir la meilleure version de toi-même”, et qui te dit ce que tu dois faire pour “réussir ta vie” (qui parle plus qu’il ne t’écoute). Avec l’idée que si tu t’en sors c’est grâce à lui mais que si tu n’y arrives pas c’est à cause de toi.
Green flag : un coach qui t’écoute sans te juger, ne te fait pas culpabiliser et prend en compte les réelles difficultés que tu rencontres. Qui te permet de reprendre du pouvoir sur les choses sur lesquelles tu peux agir, sans te responsabiliser sur ce qui ne dépend pas de toi et qui te permet de réfléchir à la façon dont toi tu veux réellement vivre ta vie.
5/ La posture.
Red flag : un coach qui donne une image de personne parfaite, qui va toujours bien, qui a les solutions à tout, une vie extraordinaire et qui répète sans arrêt que si on veut, on peut, que c’est à la portée de tout le monde (et qui cherche à être idolâtrer).
Green flag : un coach qui partage aussi ses doutes, ses difficultés, son chemin pour te montrer que c’est un humain et qu’il a des failles comme toi.
Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui mais on est pas à l'abri que je fasse des petits ajouts au fur et à mesure. J’espère que cet article t’aura aidé à y voir plus clair et à te sentir plus armé face à tout ça. Je serais très heureuse d’avoir ton avis, alors n’hésite pas à m’écrire ici ou ailleurs.
Et si tu es à la recherche d’un accompagnement professionnel et éthique, je suis peut-être la coach qu’il te faut (ou peut-être pas). N’hésite pas à réserver ton rendez-vous d’information gratuit de 30 minutes en visio pour qu’on en discute !


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